Joystick Magazine – Dossier et Interview

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Le Magazine

Ah, les années Joystick ! J’en ai déjà parlé dans le Comment ont-ils fait ? et je vais sûrement vous en reparler tout le mois.

Pour faire simple : Gamebox n’existerait pas si je n’avais pas lu Joystick. Pourquoi ?
Parce que ce magazine m’a juste montré qu’on pouvait aimer le JV tout en ayant une vision décalée, de l’humour et l’envie de partager. La passion et l’humour, ça résume parfaitement l’esprit Joystick, un truc vraiment à part.

Apparu en 1988 sous forme d’hebdomadaire, Joystick Hebdo posait d’emblée le ton. Il y avait des soluces, des tests, des news, des cracks (rien de sale, juste des pages et des pages de code à retaper soi-même) et déjà beaucoup d’humour. On trouvait également les illustrations de Bruno Bellamy (l’interview est juste au-dessus).
Une cinquantaine de numéros sortiront avant que l’hebdomadaire ne devienne mensuel.

Joystick Hebdo devient Joystick

Dans cette version, on retrouve tout l’esprit de l’hebdo avec un délire beaucoup plus poussé !
Il y avait donc des tests débiles, des illustrations hilarantes et des news parfois sans rapport avec le JV.

Ensuite vint la période où ils offraient des CD-Rom pour PC. Là aussi, c’était du grand n’importe quoi !
Je n’aurais jamais assez de place pour vous parler de toutes les frasques des journalistes de Joystick !
Il est a noter que de cette première mouture de naîtra Joypad. En effet, avec l’évolution du marché, la rédaction s’était fendue d’un encart spécial consoles. Sauf que cet encart est rapidement devenu un magazine à part entière.

La première formule du mag tiendra jusqu’au rachat par Hachette, en 1993. L’équipe tourne un peu et voit le départ du créateur Marc Andersen. L’esprit demeure et l’évolution se fait dans le bon sens.
Il y a même des nouveautés puisque le magazine propose des parties plus techniques, notamment liées au compatible PC. De toute façon, en 1993, l’Atari et l’Amiga meurent doucement tandis que CPC et C64 sont déjà loin…
Heureusement, les CD-Rom sont toujours là, avec des parodies de Christophe Rippert et les séquances Pingouins, complètement déjantées.

Maintenant, point d’hommage sans les noms de ceux qui ont collaboré au magazine : J’M Destroy, Bruno Bellamy, Michel Desangles, Alain Huygues Lacour, Seb, Moulinex, Danbiss, Danboss, MicDax, TCB, Kaaa, Monsieur Pomme de Terre, Gana, RaHaN, Captain Tarace, Bob Arctor, Pete Boule, Styx, Caféine, Lord Casque Noir, Ivan Le fou, Fishbone, Ackboo, IanSolo, Marc Lacombe (Marcus), Wanda, Faskil, Tbf, Atomic, Cyd, Fumble, Blutch, Yavin, C_Wiz

A noter qu’une grande partie de ces joyeux lurons a créé le magazine Canard PC. Je vous invite à lire les interviews de Lord Casque Noir et Ivan le fou en cliquant sur les onglets en début d’article.

Ivan le Fou

Pour les lecteurs qui ne te connaissent pas, pourrais-tu te présenter ?

Je m’appelle Ivan Gaudé, alias Ivan Le Fou, un pseudo hérité de l’époque Joystick. Je suis co-fondateur de Canard PC et un de ses dirigeants actuels. J’ai 48 ans.

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

Je suis très occupé à lancer le nouveau site web de Canard PC (pour l’instant en bêta sur beta.canardpc.com). Nous avons réussi à le financer grâce à une campagne Kickstarter qui a rassemblé 250 000€ l’été dernier. C’est moi qui suis l’initiateur et le coordinateur de ce projet qui va permettre de lancer le premier site JV payant par abonnement.

Comment es-tu arrivé chez Joystick ? 

En deux temps. Tout d’abord, de 1997 à 1998, j’étais secrétaire de rédaction des magazines consoles de Hachette, c’est à dire Joypad et Playstation Magazine.
Mon job était de relire et corriger les textes, de coordonner le travail entre les rédactions et les maquettistes et de m’assurer que les magazines étaient prêts à temps pour être envoyés à l’imprimerie.

A l’époque, Joypad, Playstation Magazine et Joystick partageaient les mêmes locaux. Les rédactions étaient donc très imbriquées. De par mon poste, il m’arrivait de filer des coups de main à la rédaction de Joystick et d’écrire des petits textes pour le magazine. Généralement, c’était sur mes goûts personnels en tant que joueur.

J’avais de bonnes relations avec la rédaction de Joystick, et probablement un sens de l’organisation qui leur faisait un peu défaut. En 1998, j’ai donc rejoint l’équipe comme rédacteur en chef adjoint où je suis resté plusieurs années.

Comment s’est passée ton intégration dans l’équipe ?

J’ai été très bien accueilli, parce que le renfort était bienvenu à l’époque. En effet, Joystick était un très gros magazine (200-300 pages) qui marchait bien. Mais c’était une équipe faite de très fortes personnalités, parfois conflictuelles. Ça n’a donc pas toujours été simple de débarquer là-dedans avec l’étiquette du gars qui va aider à mieux organiser. Surtout que je venais des journaux consoles, que Joystick regardait un peu de haut, rivalité console/PC oblige. Et puis, je débarquais comme rédacteur en chef adjoint alors que j’avais moins d’expérience que certains en place depuis plusieurs années.

Moi-même j’avais beaucoup d’admiration pour l’humour et le talent de certains rédacteurs, dont j’étais fan en tant que lecteur. J’ai donc mis un peu de temps à être à l’aise. Je travaillais beaucoup, mon implication pour le journal ne faisait aucun doute. Les difficultés et éventuels petits malentendus se sont donc aplanis assez rapidement.

As-tu des anecdotes sur cette période ?

Elles sont innombrables et il est très difficile de transmettre à quelqu’un qui n’y était pas l’ambiance qui régnait à l’époque. Les bouclages étaient souvent épiques ! Joystick était un mensuel et grosso modo, l’équipe travaillait 15 jours (et nuits) à fond et se reposait les 15 autres… ou venait à la rédaction pour passer le temps.

Je me rappelle d’une attachée de presse, interloquée au téléphone quand on lui avait appris qu’un de ses jeux avait eu la note de zéro. « Mais, il ne peut pas avoir zéro : il existe ce jeu ! »
Je me rappelle aussi du consulat belge protestant par écrit après une plaisanterie particulièrement agressive sur la famille royale. Les coups de fils furieux des éditeurs aprèscertains tests, ou simplement des news insultantes, étaient réguliers.

Pendant une période, nous n’occupions qu’une partie d’un étage d’immeuble, l’autre étant dédié à une grosse compagnie d’assurance. La configuration des lieux obligeaient ses employés à passer par nos locaux pour rejoindre les ascenseurs. Il fallait voir leurs têtes quand ils arrivaient le matin et croisaient certains journalistes qui repartaient après une nuit blanche, éventuellement torse nu en été, voire en slip, faute de clim’.
Ou alors quand ils partaient à 17 :30, leur journée terminée, costard-cravate et attaché-case à la main. Ils traversaient un asile de fous où les gens hurlaient, se courraient après, faisaient du skate, jouaient au foot dans les couloirs. Pour eux, on était des ovnis. Nous, on avait collé un panneau Area 51 sur leur porte et on les appelait « les p’tits gris« .

Ton meilleur souvenir ?

Globalement, c’est d’avoir fait partie de cette aventure qui parait irréelle aujourd’hui, avec les conditions dans lesquelles se trouve la presse papier. J’ai eu la chance de goûter à la fabrication d’un magazine avec une indépendance littéralement insolente, entouré de gens d’une créativité impressionnante. Malgré la folie ambiante, tout le monde prenait son boulot très à cœur et la fabrication du magazine très au sérieux. C’est ce qui a formé mes convictions en matière de presse et de journalisme. Et c’est ce que j’essaye d’appliquer et de transmettre aujourd’hui à travers Canard PC, malgré un contexte très différent.

Après s’il faut citer des anecdotes, je me souviens d’une soirée hallucinante à Los Angeles. C’était organisé par Sony lors d’un E3 pour un anniversaire de la Playstation, avec Macy Gray était en guest star
Il y a également eu la première présentation du gameplay de Dungeon Keeper, dans les locaux de Joystick, par Peter Molyneux, éblouissant de charme et d’humour. Et enfin, ma victoire contre Bob Arctor lors de ma première partie en réseau de Total Annihilation !

Ton pire souvenir ? 

Probablement le procès pour diffamation que nous a intenté Familles de France, suite à un dossier que j’avais écrit. Ils ont finalement gagné à cause d’une erreur de relecture stupide de notre part. Et aussi à cause du manque de conviction du groupe à nous défendre.

Egalement, l’annonce surprise, un beau matin, que tous les magazines étaient vendus au groupe anglais Future, notre pire ennemi. Mais à l’époque, je n’étais plus réellement à Joystick… Je continuais à écrire pour le magazine, mais j’étais rédacteur en chef d’un autre titre du groupe (DVD Magazine).

Si c’était à refaire, est-ce que tu recommencerais ?

Bien sûr, sans hésitation ! C’était une période exceptionnelle.

Quel regard portes-tu sur le retrogaming et le retrocomputing ?

A vrai dire, ça ne m’intéresse pas du tout ! Ce que j’aime, dans ce secteur et ce loisir, c’est ce perpétuel renouvellement, cette évolution tellement rapide que la nouveauté et la découverte sont constantes. Retourner sur les vieux jeux m’intéresse beaucoup moins que découvrir les nouveaux. Je n’ai aucune nostalgie en la matière !

Merci d’avoir répondu à nos quelques questions ! 

Lord Casque Noir

Pour les lecteurs qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter ?

Disons que j’ai commencé dans la presse JV en 1989, dans le mag Micro News. Je suis ensuite rentré chez Joystick en 1992 et j’y suis resté 11 ans, parce que c’était sympa.
J’en suis parti fin 2003 pour monter Canard PC avec des amis du mag qui avaient beaucoup d’argent à perdre. Inutile de préciser que maintenant, ils n’en n’ont plus du tout. Sinon, je n’ai aucune formation digne de ce nom (même pas le BAC, c’est dire), je suis roux (c’est dire) et je vote à droite quand les candidats ne sont pas en prison (c’est dire).


Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

Rien. C’est le gros avantage d’être chef ! Normalement, je suis censé développer d’innombrables stratégies en vue d’assurer l’expansion et le renforcement de notre entreprise au sein d’une concurrence aussi déloyale qu’impitoyable… Mais en fait c’est super chiant. Bon, je le fais quand même un peu mais sinon je réfléchis.
C’est à ça que je travaille en ce moment. Je réfléchis à d’autres projets important, comme l’optimisation de ma flotte commerciale dans X-Rebirth.

Tu a succédé à Moulinex en tant que rédac’ chef de Joystick. Comment es-tu arrivé dans le magazine ?

En fait, j’ai un copain qui travaillait chez Joystick mais qui ne savait pas écrire. Alors j’écrivais pour lui et on partageait l’argent, jusqu’à ce que le rédacteur en chef se rende compte de la supercherie. Et coup de bol, c’est tombé au moment où ils avaient besoin d’une personne drôle, inventive et hétérosexuelle.
Mon ami m’a donc hétérosexuellement ‘introduit’ au milieu de la rédaction. Après un examen de passage, j’y suis rentré à plein temps. Je me suis retrouvé rédacteur en chef peu de temps avant de quitter le magazine, mais davantage par nécessité que par choix. Le boulot de rédac’ chef est finalement sans intérêt, surtout quand l’équipe s’avère meilleure que toi.

On suppose que l’ambiance chez Joystick devait être dissipée. Peux-tu nous raconter ? Quelques anecdotes peut-être ?

Dissipée, c’est le moins que l’on puisse dire. La particularité de Joystick ne venait pas tant du contenu du magazine que de la diversité des personnes qui y travaillaient (bien que ce soit intimement lié).
Honnêtement, j’avais rarement vu autant de gens subtils et drôles réunis au même endroit. De plus, le JV n’était pour nous qu’un passe-temps. Et comme nous avions tous une formation et des activités très différentes, le travail était d’autant plus enrichissant. Mais ils avaient tous un point commun : ils avaient un grain !

Je me souviens, par exemple, arriver dans les locaux et voir un mec, entièrement scotché, pendre sur le bâti de la porte du couloir. Les rédactions de Joystick/Joypad et Megaforce/Superpower, situées chacune à un étage, s’attaquaient à coups de rouleaux de scotch ! Au point qu’il fallait parfois plus d’une demie-heure pour tout déscotcher avant de commencer à bosser. Il m’est également arrivé, un été, en pleine nuit, de croiser Monsieur Pomme de Terre complétement à poil ! J’ai jamais demandé pourquoi…

Faut avouer que c’était un peu n’importe quoi niveau ambiance, mais on rigolait bien. Sauf peut-être la fois où un éditeur nous avait envoyé un énorme flingue gonflable. L’occasion rêvée de faire une bonne blague à ces abrutis de consoleux ! Je me suis donc mis à courir dans le couloir, l’arme d’un mètre de long à la main. J’ai défoncé la porte de la rédac de Playstation Magazine pour me jeter en roulé-boulé (genre film d’action surpuissant) et crier « Bouge pas connard !« . Et là, en face de moi, les pieds des PDG d’Hachette et de Sony Japon accompagnés de deux autres pontes. Bon, j’avoue, j’étais mal à l’aise, mais au moins j’étais habillé !

Ton meilleur souvenir ?

Mon salaire (je suis de droite, je vous le rappelle). En fait, je n’ai pas vraiment de meilleur souvenir. Il y a tant de fois où je me suis disait « putain mais c’est ultime » que je ne saurai choisir.

Ton pire souvenir ? 

Le premier est une grande honte. J’avais interviewé le développeur d’un outil pour créer son propre jeu vidéo (sur Atari ou Amiga, je sais plus) et j’avais couché sur papier l’interview la nuit, complètement crevé. En recopiant la question « La programmation demandant beaucoup de temps, est ce que cela n’empiète pas sur votre vie de famille ?« , j’ai pensé que c’était indiscret et que le gars aurait pu me répondre « mais qu’est-ce que ça peut te foutre connard !« .
La fatigue aidant, je l’ai écrit… Donc, une fois publié (le rédac chef et la correctrice n’ont rien vu), on pouvait donc lire la réponse suivante « Mais qu’est-ce que ça peut te foutre connard ! Non, pas du tout, j’arrive à programmer tout en continuant de passer du temps avec ma femme et mes enfants« .
Autant dire que j’ai eu la honte de ma vie, surtout que le gars l’a pas vraiment bien pris.

Quant au second, il faut se rappeler qu’à l’époque, les appareils photos numériques n’existaient pas. Quand on testait un jeu, on prenait les photos d’écrans avec un argentique. Ensuite on développait des diapos qu’on envoyait au photograveur qui plaçait les diapos sur la page selon la maquette.
Et quand on voulait faire le photomontage d’un niveau complet, on devait avancer avec le personnage, faire pause, prendre la photo, déplacer le personnage, etc… Sur certains jeux, faire correspondre l’image à la suivante prenait un temps fou !
Après une nuit complète de positionnement pixel par pixel, image par image, à appuyer des dizaines de fois sur  l’appareil en prenant soin de ne surtout pas le faire bouger, je me suis rendu compte que j’avais oublié de mettre la pellicule photo.
Je me serais licencié ce jour-là si j’en avais eu le pouvoir. Heureusement, je n’étais qu’un modeste employé.

Si c’était à refaire, est-ce que tu recommencerais ?

Si je devais refaire quoi ? Me marrer pendant 20 ans à tester des jeux vidéo ? Heu, oui, je crois !

Quel regard portes-tu sur la presse spécialisée actuelle ?

Assez mauvais. A l’époque où j’étais à Joystick, le JV ne représentait pas une économie aussi importante que de nos jours. D’ailleurs, nous ne considérions pas notre activité comme un métier. Certes, nous étions bien payés mais ça restait pour nous un loisir. Nous n’avions aucun intérêt à dire du bien d’un mauvais jeu ou du mal d’un bon jeu. Et puis notre avis comptait ! Conseiller l’achat d’un titre avait du sens car cela touchait les joueurs, mais aussi les vendeurs qui décidaient des quantités en magasin en fonction de nos notes.

Depuis une quinzaine d’années, le JV est une industrie. Les concepts sont recyclés et les cahiers des charges des super productions privilégient le marketing au détriment du jeu. Face à cela, la presse n’a pas réellement évolué… Elle continue à donner son avis sans se demander si les joueurs s’en soucient encore.
Pour caricaturer, la majorité des joueurs est souvent plus sensible au marketing qu’aux notes. D’ailleurs les gros youtubeurs surfent là-dessus. Ils ne disent pas vraiment si un jeu est mauvais ou pas ! Ils parlent simplement des jeux pour lesquels ils auront le plus de retombées médiatiques et financières.

Face à cela, l’avis d’un journaliste sérieux se noie dans un flot d’informations complaisantes. Chez Canard PC, nous avons la chance d’avoir le gros de notre lectorat qui nous connait de longue date et pour qui payer une information fiable reste un geste naturel. De plus, en ayant fait de l’humour (on essaye en tout cas), des dossiers et de l’indépendance notre fond de commerce, nous parvenons à offrir plus que de simples tests. Mais entre avoir une information complaisante gratuite ou une information intègre payante, le joueur lambda choisit vite.
La conséquence est que Canard PC est un gros succès d’image mais un petit succès commercial.

Question bonus qui sert à rien, c’est juste pour confirmer. D’où vient ton surnom ?

 Du film La folle histoire de l’espace. Je ne sais plus pourquoi mais ça vient de là.

Bruno Bellamy

Bonjour Bruno, pour les lecteurs qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter ?

Je suis auteur de BD (scénariste/dessinateur/coloriste) et illustrateur. Outre quelques séries BD et albums divers, j’ai fait beaucoup d’illustrations dans divers magazines spécialisés.
Par exemple, dans le jeu de rôle (Casus Belli), les jeux de cartes à collectionner (Lotus Noir, Mana Rouge), la presse des logiciels libres (Linux Magazine, 100% Linux), la presse informatique (ST Magazine, Le Virus Informatique, Micro Pratique), et bien sûr les magazines de jeux vidéo, comme Génération 4, Tilt (eh oui, l’ancêtre !), Joystick Hebdo, etc…
A noter que je sévis
depuis très longtemps, mes premiers dessins publiés datant de 1985

J’ai essayé d’égayer les pages de ces magazines avec un peu de douceur et de volupté, grâce à mes personnages féminins gentiment sexy. Dès la fin des années 80, on leur a attribué le surnom de bellaminettes.

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

Ohlaaa, beaucoup de choses ! J’ai toujours des tas de projets en tête et ce serait impossible de résumer tout ça.
Le plus facile, c’est de suivre l’actualité de mes productions sur mon site/blog : http://bellaminettes.com où je poste des trucs assez souvent. 🙂

Disons que je passe surtout mon temps à dessiner des bellaminettes (toujours !), et à bosser sur des projets persos. Notamment un BD au récit ambitieux que j’ai produit tout seul, « Romance sur Mars« . Je suis ne train d’entamer le deuxième tome.

Tu as participé au magazine Joystick Hebdo en 1988. Comment est née cette collaboration ?

Quelle mémoire, bravo ! 🙂
J’étais en train de quitter les magazines des éditions Pressimage (ST Magazine et Génération 4). Et là, Michel Desangles, figure légendaire de la presse micro (auparavant l’âme et le rédac’chef adjoint du célèbrissime Hebdogiciel), rédac’chef de ST Mag, venait de prendre les rennes du tout jeune Joystick Hebdo.
L’équipe était très sympa. Le rythme assez dynamique (l’hebdomadaire, c’est un sacré challenge) et bosser à nouveau avec Michel me mettait en confiance.

Peux-tu nous donner des détails sur tes méthodes de travail avec Joystick ?

Je m’y suis rapidement retrouvé avec pas mal de responsabilités. En effet, le directeur de la publication comptait bien capitaliser sur la notoriété acquise par les bellaminettes dans les autres publications où j’avais travaillé. Quant à comme Michel Desangles, il connaissait mes capacités et ma productivité en tant que rédacteur, puisque j’avais été testeur de logiciels graphiques (ST Mag) et testeur de jeux (Génération 4).

Donc, je me suis assez vite retrouvé à devoir écrire l’édito ainsi qu’un tas de tests sur diverses machines. Tout ceci en plus d’une bellaminette d’édito et d’une foule de petits dessins en noir et blanc dans les pages intérieures, bien sûr. C’était assez intense, mais aussi assez fun.

En général, le travail d’un illustrateur est plutôt solitaire. Là, c’était du vrai travail d’équipe, il fallait produire vite et bien. Finalement, je pense que la façon dont les ventes de l’hebdo ont grimpé prouve qu’on prenait notre boulot à cœur 🙂

As-tu des anecdotes sur cette période ? Des souvenirs à partager ?

Honnêtement, ça remonte à tellement loin que je n’arrive guère à me souvenir de trucs en particulier.
J’ai surtout apprécié de bosser avec des gens assez exceptionnels. J’ai déjà évoqué M. Desangles, qui en plus d’être un excellent rédac’chef est un type d’une culture et d’une intelligence remarquables. Il m’a appris des tonnes de choses !

Les deux compères, Dan Bis et Dan Boss, était vraiment sympas, et on rigolait bien. Quand le magazine est devenu mensuel, pas mal de choses ont changé. Ils ont eu moins besoin de moi et je me suis un peu retrouvé dans ma situation d’illustrateur solitaire. Et puis l’esprit et la forme du magazine ont fini par vraiment changer. Au point que je n’y ai plus ma place et que je perde contact avec cette équipe.

Finalement, les meilleurs souvenirs, ce sont ceux des lecteurs ! Je rencontre souvent, lors des séances de dédicaces, des gens qui se souviennent d’avoir vu mes dessins dans Joystick. Ça c’est vraiment sympa.
C’est pas un truc nostalgique. Mais c’est vraiment agréable de songer que mes petits dessins ont laissé des souvenirs importants à ces gens, ont contribué à baliser une culture, et font partie des choses qui leur rappellent leur adolescence 🙂

Tu as dessiné pour beaucoup de magazines et de projets informatiques. Tu as créé les mascottes des deux magazines consacrés aux cartes Magic, tu as publié des BD de science-fiction. Es-tuun vrai geek ou c’est juste un milieu dans lequel tu aimes travailler ?

Ah ah ! Les deux !!! 🙂

Depuis tout petit, je lis des récits fantastiques, de la SF. Tout gamin, je lisais Strange, Valérian et, par la suite, Mœbius. Mais également des auteurs comme Philip K. Dick, Arthur Clarke, Azimov. Evidemment, j’étais fan des quelques dessins animés japonais et d’émissions complètement geek comme Temps X.

Dès le début des années 80 je m’étais mis à l’informatique, à la programmation, à la 3D. J’ai grandi en voyant apparaître les premières images de synthèse, les trucs « en fil de fer », Tron, etc…
Aujourd’hui, ça paraît préhistorique, mais à l’époque, c’était tout nouveau, du jamais vu ! On commençait seulement à réaliser qu’on pouvait créer des images avec des ordinateurs. Et même si on se doutait que ça allait donner des choses incroyables, on n’imaginait pas à quel point.

J’ai aussi découvert les manga à une époque où très peu de gens, en France, connaissaient.
C’est un dessinateur américain, Geoff Darrow (qui réalisera plus tard les designs de Matrix), qui était venu à Paris pour travailler avec Mœbius . C’est d’ailleurs à cette époque que j’ai sympathisé avec Moebius. Il m’a toujours énormément encouragé par la suite. Bref, Darrow m’a fait découvrir l’univers du manga avec Dr Slump d’Akira Toriyama.

Je me suis alors mis à potasser ces trucs incroyablement exotiques, découvrant des auteurs maintenant très connus comme Masamune Shirow. Je dois être un des premiers à avoir parlé de lui, dans Joystick, justement, à propos d’Appleseed. Et bien sûr il y a eu mes innombrables interventions dans les pages de Casus Belli qui m’ont fait connaître des amateurs de jeux de rôle…

En fait, si on regarde mon travail, on peut facilement se rendre compte que l’univers geek nourrit mon inspiration. J’adore vraiment tout ce qui est fantastique, SF, japanime, cyberpunk, etc…

Quel regard portes-tu sur l’informatique d’aujourd’hui et sur l’informatique des années 80 ?

L’informatique telle que je l’ai découverte, c’était celle de l’époque d’Hebdogiciel et de ST Mag. C’est à dire des machines pour passionnés sur lesquelles on apprenait la programmation en recopiant des listings ou en autodidacte.
Pour moi, écrire entièrement un logiciel et arriver à le faire tourner sans aucun bug, c’était le plus passionnant des jeux vidéo. Après les TI99/4A, les Oric, les Amiga, les Atari ST, sont arrivés les Macs inabordables et les PC pleins de « Windoze« . Ça a été la fin des années 80 et de ce qui rendait les ordinateurs vraiment funs…

Programmer le moindre truc est devenu subitement très compliqué. Les machines réputées beaucoup plus puissantes nous transformaient en utilisateur et non en concepteur. C’était moins drôle…
La culture du logiciel libre et les distributions GNU/Linux ont un peu rafraichi cet univers. Mais c’est quand même resté un peu plus ardu de s’amuser à coder, par rapport à l’époque des machines des années 80 😉

Es-tu joueur (de jeux vidéo) ? Si oui, à quoi tu joues ?

Après avoir énormément joué en cette époque glorieuse, je me suis retrouvé un peu coupé de cet univers quand les magazines n’ont plus voulu de moi. J’ai alors beaucoup travaillé sur des BD et me suis éloigné de l’univers vidéoludique. Quand des occasions se sont présentées d’essayer des jeux récents, tout avait changé… L’image était hyper-réaliste, la 3D immersive, mais j’avais l’impression que le gameplay y avait perdu. Comme si la surenchère visuelle s’était imposée au détriment de ce qui rendait les jeux intéressants. Du coup, je n’ai pas accroché…

J’aimais bien des trucs comme Super Mario Galaxy, et quelques jeux de rally sur PS2, mais ça m’a passé. J’ai également tenté RockSmith (PS3), . Mais j’ai vite réalisé que c’était beaucoup plus marrant de jouer entre potes avec de vrais instruments 🙂

Quant aux jeux en réseau, je n’ai jamais pu m’y faire. Peut-être est-ce générationnel… En réalité, je crois que mon goût pourle JV s’est un peu tari quand la presse vidéoludique a décidé de se passer de mes services…
Je garde des souvenirs émus et impressionnés des jeux que j’ai découverts à cette époque. Je pense notamment à Virus, une avancée remarquable dans le domaine des jeux en 3D. Ça paraîtrait rustique et minimaliste aujourd’hui, mais à l’époque c’était une prouesse technique hallucinante. Et le jeu était vraiment addictif !

Et puis, j’ai eu tellement de boulot en passant d’illustrateur à auteur de BD à temps plein… Je n’ai tout simplement plus eu assez de temps pour m’intéresser aux jeux.
J’ai revendu ma Wii et il me reste juste une PS3 dont la seule vraie utilité est de lire les Blu-Ray. 😉

Merci mille fois pour ta participation, on est comme des dingues car on a tous eu un Joystick Hebdo dans les mains étant plus jeune et nous étions tous fan des bellaminettes^^

Cool ! Merci à toi. 🙂

 

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