J’ai joué à… Eternal Sonata (Xbox 360 – PS3)

Sorti depuis un bon moment (octobre 2007) mais passé relativement inaperçu, Eternal Sonata est pourtant LE titre qui m’a poussé à acheter une Xbox 360.

 

 

Frédéric qui ?

CHOPIN.
Frédéric CHOPIN.

Bien que vous soyez de grands connaisseurs de musique classique, je me permets de vous rappeller qu’il s’agit d’un compositeur et pianiste polonais du 19ème siècle.
Je ne vais pas étaler sa biographie, retenez seulement qu’à cause de la guerre, il a dû s’exiler à Vienne puis à Paris, ville où il mourut en 1849. Il fut un des plus célèbres pianistes de son siècle, notamment en tant que compositeur de musique romantique.

 

Morendo…

Eternal Sonata débute par la mort de Chopin. Son déroulement, lui, sera articulé autour de la vie du compositeur.
Nous sommes en 1849, à Paris. Il fait nuit, il pleut, et Chopin est alité, fiévreux, mourant. Tandis que l’on s’inquiète autour de lui, il s’endort pour un dernier rêve.

On se retrouve alors dans un monde ensoleillé, bucolique et coloré, dans la peau d’une jeune fille nommée Polka (tous les personnages du jeu ont des noms en rapport avec la musique). Après quelques péripéties, elle se retrouve nez à nez avec… Chopin, plus vivant que jamais.
Normal me direz-vous, puisque c’est un rêve… Mais êtes-vous sûrs que c’est bien le Chopin mourant de Paris qui rêve de son alter-égo ? Et si c’était ce dernier qui faisait un rêve ? Un rêve stupide où il mourrait…
La question est lancée et sera présente tout au long de l’aventure, allant même jusqu’à la conclure dans un final vraiment surprenant. En plus de cette interrogation plutôt déroutante, le titre évolue dans un contexte politique pour le moins tendu : un royaume belliqueux veut en envahir un autre tandis qu’un troisième tente de trouver une issue diplomatique.

Et bien sûr, vous allez vous allier à un petit groupe de résistants qui comptent bien tout résoudre à leur manière.
Comme je vous l’ai dit, tout le scénario du jeu est directement inspiré de ce qu’à vécu le compositeur.
Ainsi, chaque chapitre de l’histoire a pour thème une période forte de la vie de Chopin et chacun d’eux
s’ouvre sur une succession d’images fixes agrémentée d’un petit résumé biographique. Ainsi, via ces préambules culturels, le jeu suit le cours de l’existence de l’homme de musique. Et bien que tout soit romancé dans un design très Manga, ce jeu est bien moins niais qu’il n’y paraît.

 

La ressemblance est frappante !

 

Cantabile Espressivo

Empreint d’une poésie évidente, l’ensemble graphique est toujours d’une qualité indéniable. Plus que du cell-shading bariolé, vous aurez droit à de jolis effets spéciaux, un character-design très japonais mais sans excès, ainsi que certaines scènes qui ne sont pas simplement belles ou bien faites, mais carrément vibrantes, touchantes.

Les combats oscillent entre le très classique et l’innovation, comme l’ensemble du titre, d’ailleurs. On retrouve, par exemple, un tour par tour couplé à une jauge de déplacement et à un système de placement.
L’opposition ombre/lumière est importante car vos personnages possèdent des types d’attaques différents selon leur emplacement. Ainsi, votre archère décochera de grosses flèches dans l’ombre mais lancera une vague de soin dans la lumière. De même, les ennemis n’auront pas la même forme, ni la même force selon où vous les affronterez. Et les programmeurs ont poussé le vice assez loin puisqu’il peut arriver qu’un nuage, en passant au-dessus du champ de bataille, projette son ombre sur une petite bête et la transforme en gros monstre.

Notez que les ennemis ne sont jamais très féroces et qu’on peut éviter les combats. Vous n’aurez pas besoin de faire de level-up intensif, ce qui est vraiment une bonne chose. Sans l’omniprésence des combats, on peut se concentrer sur  le coeur du titre : son histoire et son ambiance.
Car c’est bien le principal attrait du titre : une atmosphère unique.
L’ensemble graphique y participe grandement, mais les personnages apportent également leur contribution. Comme dans un orchestre, chacun d’entre eux est un instrument dont le son, la personnalité, le caractère va venir souligner celui d’un autre instrument, s’opposer à un autre ou encore jouer à l’unisson dans une superbe symphonie.
Quoi ?! J’ai pas le droit de faire du Moguri !?

 

A part les fillettes ultra-fortes, ça reste plutôt sobre pour du J-RPG.

Moderato

Deux défauts viennent néanmoins noircir le tableau : une difficulté quasi inexistante et un engagement assez peu marqué pour la musique.

Je suis totalement contre l’overdose de combats, la surmultiplication des quêtes annexes et l’augmentation excessive de la difficulté. Ce sont des procédés qui ne font que gonfler artificiellement la durée de vie des jeux. Mais là, entre les énigmes simplistes, l’IA enfantine et la quête principale en ligne droite, on frise la passivité !
Le côté positif, c’est que le jeu échappe à ces abominables temps morts qui minent la plupart des RPG. Du coup, le scénario se déroule de manière fluide et cohérente. Mais bon, j’aurai apprécié un peu de challenge, ne serait-ce que pour les boss…

Il est vraiment dommage de baser un jeu sur un des plus célèbres pianistes au monde et de ne quasiment rien proposer en rapport avec la musique. Certes, une fois le jeu terminé, vous connaitrez la vie de Chopin et vous posséderez un bon vocabulaire musical… Mais j’aurai bien aimé un ou deux minis-jeux où l’on aurait pu jouer d’un instrument. Ou se souvenir d’une mélodie, ou quoi que ce soit en rapport avec la musique !
Quoi que, en fait, il y a bien un mini-jeu qui fait tout ça… mais il est nul !
Le comble, c’est qu’en dehors des cinématiques d’introduction aux chapitres, les musiques de Chopin brillent par leur absence. Vraiment dommage…

Une attaque de dos aurait été plus judicieuse…

Appassionato ! Maestoso !

J’ai eu beaucoup de mal à écrire cette critique car, en effet, ce jeu est bourré de paradoxes.
Le système de jeu est à la fois classique et innovant.
Les personnages sont aussi stéréotypés qu’attachants.
L’ambiance gentille et niaise couvre une âme superbement profonde.
L’histoire s’extirpe du réel pour mieux s’enfoncer dans le rêve.
C’est à croire qu’Eternal Sonata a eu  peur de s’affirmer. Comme si les créateurs avaient caché leurs bonnes idées et leurs nombreuses innovations sous une couche de Manga et de niaiserie, histoire de ne pas se prendre trop au sérieux.

Pourtant, la poésie du titre se perçoit à travers cette épaisseur, pour peu que l’on est envie de gratter le vernis.
Je ne peux que vous recommander Eternal Sonata et vous conseiller de vous abandonner à la symphonie composée par Tri-Crescendo. Ne faites pas attention aux quelques fausses notes de la mélodie et savourez cet instant qui, bien qu’un peu trop court, possède une réelle intensité.

 

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