Indiepocalypse

On en parle depuis 2015, on le prédit pour 2016 : l’Indiepocalypse est-il sur le point de se réaliser ?

Indiekoi ?

C’est dans une entrevue de Frédérick Raynal et Thierry Platon, publiée fin 2015 par le journal régional Sud Ouest que j’ai découvert le terme « Indiepocalyspe« . Je compris instantanément sa signification mais pris tout de même le temps de lire l’encadré proposé par le journal pour l’expliciter : « le spectre de la crise du jeu vidéo 1983, où de nombreuses sociétés du ont dû mettre la clé sous la porte dans un marché saturé, fait craindre une catastrophe similaire pour le marché actuel du jeu indépendant« .

Le jeu indépendant, un eldorado ?

Un jeu vidéo indépendant désigne un jeu non financé par un éditeur. Leur succès a été rendu possible grâce à la dématérialisation, illustrée par le succès quasi-hégémonique de la plateforme Steam. Forcément, un éditeur prend un rôle important lorsqu’il s’agit de distribuer le jeu sur un support physique et d’en faire la promotion. Mais sans CD ou cartouche à acheminer aux quatre coins de France et de Navarre, avec la publicité adaptée pour l’accompagner, il devient plus facile de proposer son œuvre. Le rôle d’éditeur ne disparaît pas pour autant et il est souvent assuré par le studio lui même.
Mais faire un jeu a un coût. De leurs fonds propres au financement collaboratif (Kickstarter en tête) en passant par les éventuelles aides étatiques, les studios indépendants peuvent trouver le pécule nécessaire au développement de leur titre. Bien sûr, les grosses productions sont hors de portée (quoique…) mais, comme au cinéma, la qualité d’un jeu n’est pas corrélée à la somme qu’il a coûtée.
C’est pourquoi, à défaut de proposer de coûteux graphismes à la pointe de la technologie, beaucoup de jeux indépendants se sont orientés vers le rendu visuel des années 80/90 et ses pixels foisonnants. Approche réussie car, en ne poursuivant pas la quête du réalisme graphique gourmand en ressources, ces titres ont pu mettre en valeur d’autres qualités. Dans un contexte où beaucoup de joueurs ont connu cet Age d’Or du Jeu Vidéo, les jeux néo-rétros ont vite trouvé preneurs. Ainsi, Axiom Verge éveillera chez certains leurs souvenirs de Metroïd.
Par ailleurs, le prix de vente moyen étant bien inférieur aux versions physiques (en boîte, donc), un segment longtemps laissé libre a été comblé : celui de jeux à bas prix. Ce qui ne freine en rien la rentabilité si le jeu s’écoule en quantité. Là aussi, la dématérialisation était la condition sine qua none pour que ce marché soit pris d’assaut et il a déjà été largement investi sur les plateformes mobiles où les acteurs ne sont pas les mêmes mais le schéma similaire : des perspectives de gros gains pour un faible investissement, des joueurs nombreux mais une offre disproportionnée par rapport au besoin.

Un panel de stars du jeu vidéo indépendant. Saurez vous tous les reconnaître ?

Un panel de stars du jeu vidéo indépendant. Saurez vous tous les reconnaître ?

Ou une jungle saturée ?

L’achat par Microsoft du studio Mojang, à l’origine du jeu Minecraft, pour près de 2 milliards d’euros à de quoi griser… Mais la concurrence est rude dans le jeu vidéo indépendant. Tout comme l’auto-édition a multiplié le nombre de romans, la facilité pour proposer une oeuvre vidéoludique tout en contournant des intermédiaires gourmands a conduit à une offre pléthorique. Et c’est là qu’est pointé le rôle de Steam, qui distribue à tout va des titres à la qualité variable depuis la mise en place de son système Greenlight. On peut fustiger le rôle des éditeurs mastodontes, et leurs jeux AAA développés à grands frais, pour leur frilosité, mais il est facile de comprendre qu’une société souhaite s’assurer un retour sur investissement. Ainsi, ils assurent un rôle de filtre, qui à défaut de garantir la qualité de jeux proposés, permet d’équilibrer offre et demande. Steam a fait le choix d’ouvrir les vannes (NDSetzer : vannes, Valve, drôle !). Et le marché a été pris d’assaut.
Mais peut-on en vouloir à Steam ? Après tout, distribuer plus de jeux que ne peuvent en consommer les joueurs, c’est aussi un moyen d’assurer à chacun la possibilité d’atteindre le sommet des ventes, là où les éditeurs les auraient peut-être recalés. Ainsi, Prison Architect aurait-il pu atteindre les rayons de votre magasin local ? Par ailleurs est-ce que Steam serait vraiment affecté si de nombreux studios indépendants mettaient le clé sous la porte ? En tant que distributeur omniprésent, je doute que le bébé de Valve soit très touché si son catalogue venait à se réduire, même soudainement. La guerre des prix et les soldes importantes de Steam sont également pointées du doigt dans ce possible crash, preuve que la plateforme de vente est dans une situation dominante où son succès n’est pour l’heure pas en péril.

Depuis le Greenlight de Valve en octobre 2013, où l'ajout d'un jeu à Stram était validé par la communauté, l'offre a explosé.

Depuis le Greenlight de Valve en octobre 2013, où l’ajout d’un jeu à Stram était validé par la communauté, l’offre a explosé.

En fait d’apocalypse, plutôt un re-équilibrage

Un déséquilibre entre offre et demande n’a rien d’original dans une sphère économique donnée. Mais le jeu indépendant pourra franchir cet écueil sans trop de peine.
Les studios indépendants sont – relativement- de petite taille et leur activité ne nécessite pas beaucoup de foncier, ce qui facilitera leur adaptation voire leur reconversion en cas de difficulté. L’absence d’un circuit de distribution matériel renforce cette versatilité : les studios n’entraîneront personnes d’autres dans leur chute. Ceux dont le succès de ne se dément pas sortiront, à l’inverse, grandis de cet écumage.
Enfin, rien ne laisse présager d’une baisse du nombre de joueurs. La demande est là et bien partie pour rester dans ce crédo trop longtemps resté inaccessible. Dès lors, il restera toujours de la place pour ceux qui proposent de bons produits dans un univers où la créativité a toujours été valorisée. Les studios indépendants seront les plus à même de profiter d’évolutions du marché, avec en ligne de mire la réalité virtuelle.

Finalement, je ne vois pas mieux que Thierry Platon pour conclure.  Il dit de manière très laconique dans Sud Ouest : « ça a toujours été dur pour les studios indépendants« . Si certains laisseront leurs plumes, il en restera toujours pour nous offrir des jeux merveilleux !

© Steam Spy

© Steam Spy

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