Histoire des jeux vidéo – Partie 4

Les années 80 : d’un extrême à l’autre

Après deux décennies de découverte, les années 80 seront témoins de la grandeur et de la décadence du Jeu Vidéo.

1980


Dans la continuité des succès des années 70, c’est l’adaptation de Space Invaders qui permettra à la VCS 2600 de se hisser en tête des ventes.  Et ce ne sera pas le seul succès d’Atari !

Battlezone (grand classique et premier jeu d’arcade dans un décor 3D), Missille Command (fabriqué sous license par Sega), Scramble, Flight Simulator (le célèbre simulateur de vol de Bruce Artwick), Defender, Rogue (instigateur des jeux de type Donjons et Dragons) ou encore Star Raiders, Boxing et Skiing.

Tous ces titres ajoutent une pierre à la légende de la VCS 2600.  Mais ce succès cache un problème de fond chez Atari
En quête de reconnaissance (qu’ils n’obtiendront pas), bon nombre de concepteurs quittent la célèbre marque pour fonder Activision.

La VCS2600 ne sera pas seule. En effet, un nouveau challenger fait son apparition dans la course aux consoles : Mattel. Avec son Intellivision,  le fabriquant de jouets réalise un joli coup avec un peu moins de 200.000 unités vendues la première année et une vingtaine de jeux disponibles. Se rendant compte du bénéfice potentiel, Mattel décide de créer son propre studio de développement. L’Intellivision fut aussi la première console sur laquelle on pouvait télécharger des jeux (via le câble TV).

Non content d’ouvrir une filiale américaine, Nintendo sort de l’ombre en créant un petit appareil très prisé des collectionneurs : le Game & Watch. Gunpei Yokoi (créateur de la future Game Boy) eut l’idée au cours d’un voyage. Près de lui, pour passer le temps, un homme d’affaires s’amusait avec sa calculatrice. L’idée de concevoir un jeu facilement transportable et compact lui vint alors. Et arriva le premier Game & Watch en avril 1980 (Ball). Enorme succès décliné en 59 versions, répartis sur onze sériess, ces petits jeux ont vu arriver les premiers héros de la marque comme Donkey Kong ou Mario (qui ne s’appelait alors Jump Man).

L’année 1980 fut aussi marquée par l’arrivée d’un jeu d’arcade mondialement connu : Pac-Man. On ne présente plus le célèbre dévoreur de Pac-Gum, initialement sorti au Japon fin 1979.

Si du côté de l’arcade et des consoles, une certaine dynamique commence à se mettre en place, la micro-informatique n’est pas en reste : l’arrivée de Mystery House sur Apple II peut sembler anodine de prime abord, mais il faut savoir que ce jeu fut conçu par Ken et Roberta Williams. Si ces noms ne vous disent rien, sachez que ce tandem célèbre tandem signera des séries cultes comme Phantasmagoria ou King’s Quest. Ils créeront la même année On-Line Systems, qui deviendra rapidement Sierra-on-Line.

Le saviez-vous?
La guerre faisant rage entre les éditeurs et pour éviter que ses développeurs ne passent à l’ennemi, Mattel gardait leurs identités et leur lieu de travail secret. Ce groupe de développement fut connu sous le nom de Blue Sky Rangers.

Initialement, Pac-Man devait s’apeller Puck-Man. Mais l’idée fut abandonnée, de peur de voir le P se transformer en F…

 

1981

Une année qui voit l’arrivée d’un ordinateur qui marquera l’informatique ludique et familliale. En effet, Commodore lance le VIC-20, premier ordinateur à dépasser le million d’exemplaire vendu. Il faut dire que Commodore voit les choses en grand ! William Shatner met en place une vaste campagane de communication visant à rendre le VIC-20 indispensable à la famille. Bon nombre de hits passeront par cette machine qui amorce le design du futur C64.

Beaucoup de jeux cultes sortiront cette année : Ultima de Richard Garriot (Apple II), Frogger, Warlord et Galaga, une suite de Galaxian. Développé par Namco et commercialisé sur borne d’arcade c’est le premier jeu d’arcade permettant de jouer à deux en même temps et à comporter des niveaux bonus. L’équipe à l’origine de Galaga est également à l’origine de Xevious.

Mais ce n’est pas tout ! Shigeru Miyamoto est chargé par Nintendo d’améliorer RadarScope. Mais au lieu de cela, il développe Donkey Kong, un jeu où Jumpman doit sauver une demoiselle en détresse, prisonnière d’un singe géant. Le marché du jeu vidéo est alors florissant et le chiffre d’affaires des machines d’arcade atteint le chiffre record des 5 milliards de dollars.

Néammoins, on commence à ressentir ce qui va arriver deux ans plus tard. En effet, devant le succès grandissant, on commence à voir fleurir beaucoup de clones bas de gammes surfant sur les grosses licences. Certains grands noms n’hésitent d’ailleurs pas à réaliser des portages de jeux d’arcades de qualités plus que médiocre.

Le saviez-vous?
Cette année là, Tempest (réalisé par Dave Theurer, papa de Missile Command) ., jeu atypique possède la particularité d’être réalisé tout en 3D vectorielle et introduira le style des “tube shooter”.

 

1982

Fort du succès du VIC-20, Commodore ne s’endort pas sur ses lauriers et sort une machine culte : le C64. Basé sur le célèbre processeur 6510, cette machine chargée d’histoire verra émerger de futurs grands noms du jeux vidéo comme Andrew Braybrook (Uridium, Paradroid) ou Manfred Trenz (Katakis, Turrican). La machine est taillée pour le succès, avec une technologie au point et un prix agressif. Au final, 20 millions de modèles seront vendus et Commodore aura raison de son adversaire direct, le ZX Spectrum.

Le monde de la micro sera surtout bousculé par l’arrivée d’une machine basée sur la technologie Intel x86 qui changera le futur de l’informatique personnelle et professionnelle : L’IBM PC AT. Il ne fallut pas très longtemps pour que des dizaines de clones voient le jour, ce qui donnera le standard Compatible PC. Bien entendu, on est très loin de la machine de jeux utilisée aujourd’hui.
Le PC AT est surtout destiné au marché professionnel et demeure par conséquent très cher à sa sortie. .

C’est aussi l’arrivée de la célèbre Coleco Vision ! Avec 500.000 consoles vendues, des graphismes au top, le tout animé par un processeur Z80. Mais c’est surtout, une licence qui fera sa renommée : Donkey Kong, cédé par Nintendo pour la modique somme de 250.000 dollars.

Pour contrer la Coleco Vision, Atari sortira l’Atari 5200. La console fut une catastrophe, principalement à cause de sa non-rétrocompatibilité avec la 2600 et son manque d’innovation.

Autre machine, moins célèbre, mais tout aussi culte : le Vectrex. Une console originale de General Consumer Electronics proposant des graphismes tout en vectoriel.
Afin d’agrémenter un peu le tout, des planchettes transparentes pouvaient être placées sur l’écran.
Bon nombre de licences cultes comme  Choplifter, Dig Dug, MineStorm, Pitfall ou encore Q*bert verront le jour.

Malheureusement, il n’y a pas eu que des hits et la sortie d’un jeu va changer pas mal de choses : le tristement célèbre E.T the Extra-Terrestrial d’Atari. Petit retour sur les évenements (vous verrez, ça aura son importance) !

La sortie du film donne une opportunité à Atari de s’enrichir, elle commande donc un jeu à Howard Scott Warshaw. Délai de conception : 5 semaines, c’est à dire ridiculement court. Et forcément, ce qui devait arriver arriva : le jeu est une purge et « à peine » 1.5 millions d’unités se vendront sur les 4 millions produites. Pendant longtemps, une légende urbaine racontait que les invendus avaient été enterrés dans un désert américain. Et en 2014, ce qui n’était qu’une rumeur s’est avéré vrai, puisque des centaines de cartouches ont été retrouvées, enfouies dans une décharge du Nouveau-Mexique !

La rumeur accuse également ce jeu d’être responsable du krack du Jeu Vidéo de 1983. Cela est, bien sûr, complètement faux ! Néanmoins, ces événements reflètent parfaitement les problèmes qui mèneront à ce fameux krack.

 

 

1983

L’année où tout a basculé… Il faut savoir que la vente de jeux vidéo aux États-Unis est un peu particulière. En effet les vendeurs reçoivent des jeux des éditeurs pour les vendre. Si un jeu ne se vend pas bien et qu’il reste des stocks conséquents, le vendeur renvoit ces jeux à l’éditeur, qui les échange contre de nouveaux.
Tout se passe à merveille jusqu’en 1982, période où l’engouement est tel que les éditeurs flairant l’argent facile sortent des jeux très rapidement. Bien entendu ces titres sont de qualité plus que médiocre.
Du coup, les joueurs n’achetaient plus les jeux, les vendeurs renvoyaient les invendus et recevaient en échange des jeux encore plus mauvais, voire des clones ! Ajoutez à cela la concurrence des ordinateurs personnels de plus en plus rude, et tout le marché du jeu vidéo console s’effondre.

1983 est aussi la naissance d’une nouvelle norme qui n’a malheureusement pas eu le succès escompté : la MSX. Très avant-gardiste, elle permettait à plusieurs constructeurs de fabriquer des ordinateurs compatibles. Développé en partenariat avec Microsoft, la norme évoluera (MSX 2, MSX 2+, MSX Turbo R) et ne connaitra véritablement le succès que dans l’archipel nippon. C’est sur cette catégorie d’odinateurs que l’on verra naître des succès comme Salamander, F1 Spirit, Metal Gear ou Penguin’s Adventure.

Malgré la crise qui s’installe, deux consoles légendaires verront le jour en 1983 : la NES de Nintendo et la  SEGA Mark-I (plus connue sous le nom de SG-1000) On pourra dire que la crise aura largement profité à Nintendo qui prend le pouvoir sur le marché des consoles. SEGA manquera le coche avec une Mark-I mais la déclinera au format micro-ordinateur avec le SC-3000.

SEGA ne sera d’ailleurs pas le seul fabricant à décliner sa console en version micro, puisque Coleco Vision sortira l’Adam. Succès plus que mitigé pour cet ordinateur qui restera celui de la discorde. En effet Nintendo pointera du doigt Coleco pour l’utilsation de la licence Donkey Kong sur l’Adam, cette dernière devant être exploitée sur console uniquement.
Côté jeux, c’est Mario Bros. (à ne pas confondre avec Super Mario Bros) qui pointe le bout de son nez, avec pour la première fois, Luigi.
Sortie de Ultima III de Richard Garriot, Boulder Dash et Lode Runner.
Le célèbre éditeur français Loriciel voit le jour en 1983, ainsi que les enseignes Micromania.

Le saviez-vous?
Le SEGA SC-3000, version micro-ordinateur de la SG-1000, est sorti en France, mais pas sous cette marque. En effet, il est connu en France sous le nom de Micro Yeno.

 

1984

Alors que le marché des jeux vidéo consoles demeure en crise, celui de la micro-informatique s’apprête à accueillir une autre révolution : le Macintosh d’Apple. Fort du succès de l’Apple II, et après les échecs successifs de l’Apple III et de sa version portable (l’Apple Lisa), Apple frappe un grand coup !

Premier ordinateur vendu avec une souris et une interface graphique, il exploite à merveille le CPU 68000 (futur processeur des Atari ST et Amiga 1000) et grâce à une stratégie marketing agressive (déjà !), le Macintosh s’impose rapidement comme le haut de gamme des ordinateurs destinés à un usage pro. Le Compatible PC fait pâle figure face aux derniers rejetons d’Apple, même si il demeure bien moins cher.
Sinclair arrivera au mauvais moment en tentant une approche mi-ludique, mi-pro avec son Sinclair QL, ordinateur mal aimé malgré ses innovations reconnues, comme l’utilisation d’un processeur 68000 et de co-processeurs. A noter que QL signifie  » Quantum Leap « , c’est à dire « bond en avant ».

Du côté de la micro-informatique personnelle, c’est l’heure des sorties a gogo !
Thomson sort son MO5, un petit ordinateur 8 bits qui sera surtout connu pour être peu fiable et pour avoir équipé les Nanoréseaux présents dans les écoles primaires. Mais ce n’est pas tout ! Le successeur du TO7, le TO7/70, fait aussi son apparition.
Mais ce n’est pas du tout une révolution, juste une version corrigée du TO7. Il possède le même CPU que le MO5, un port cartouche fiabilisé et un clavier gomme similaire au MO5.

Matra sort l’Alice 32, encore une évolution d’un ordinateur existant, l’Alice. La quantité de mémoire et les possiblités graphiques sont améliorées, mais ce sera tout. Autre sortie, celle de l’Oric Atmos, qui est en réalité un Oric-1 largement corrigé de tous ses bugs.
Plus anecdotique encore, Phillips et son VG-5000. Basé sur un Z80 en fin de vie, l’ordinateur n’aura jamais disposé du soutient des dévelloppeurs, ni de l’amour du public.

Le constructeur Amstrad viendra ajouter sa pierre à l’édifice en lançant une gamme de micro-ordinateurs bon marché mais technologiquement au point : l’Amstrad CPC. Cette série de machines connaîtra un énorme succès.

Côté console, on amortit le choc de 1983 et Nintendo en profite pour asseoir un peu plus sa domination. A noter la sortie de Duck Hunt et du Phaser de Nintendo.

Le saviez-vous?
Le Macintosh fut le premier ordinateur à posséder une souris, mais Apple n’en fut pas le créateur ! En réalité c’est le fabricant de photocopieurs Xerox qui en fut à l’origine.

 

Tout le monde connait le CPC464, le 664 et le 6128. Mais il existe un modèle non distribué dans nos contrées : le CPC472. Distribué uniquement en Espagne, il s’agissait en réalité de CPC464 avec 8Ko de mémoire supplémentaire, tout le reste étant identique.
C’est le distributeur espagnol du CPC464 qui a créé le 472 afin d’éviter une loi espagnole visant à taxer les ordinateurs familiaux de moins de 64Ko ne possédant pas de « ñ » sur le clavier. En effet cela revenait moins cher au distributeur d’ajouter une extension mémoire de 8Ko et de changer le nom de l’ordinateur, que d’équiper le software et le clavier du CPC de cette lettre typique de la langue espagnole.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *