Génération 4 – Dossier et Interview de Stéphane Lavoisard

Deuxième partie du dossier sur un deuxième magazine qui a également marqué ma jeunesse :  Génération 4.
Ici, le contexte est un peu particulier car Gen4 fut le premier magazine auquel je me suis abonné. Et oui, je vous ai bassiné avec Joystick pour vous balancer que j’ai d’abord été abonné à la concurrence !
C’est parce qu’en fait, j’ai commencé la lecture de Joystick assez jeune et j’avoue que je ne comprenais pas toujours tous les traits d’humour. D’un autre côté, Tilt était trop classique, trop sérieux. Génération 4 se situait juste entre les deux, avec une approche sérieuse et un peu de délire, mais pas trop…

Génération 4 : le Magazine

Il fut créé par Marc Djan entouré de Michael Sportouch et Stéphane Lavoisard (interview ci-dessus), en 1988, soit un peu avant Joystick et bien après Tilt. L’esprit Génération 4 subsista jusqu’au début/milieu des années 90. Le magazine dut faire face au déclin des micros 16/32 – machines auxquelles il était dédié – pour faire face à l’hégémonie des compatibles PC.

Comme ses concurrents, le magazine traitait aussi des jeux consoles et comme ses concurrents, une séparation a eu lieu. Sauf que là, ce sont deux magazines qui voient le jour : Banzzaï pour les consoles Nintendo et Supersonic pour les consoles Sega.

Mon premier Génération 4, je m’en souvient parfaitement, c’était le numéro de décembre 1990. Celui juste au-dessus, avec Speedball 2 en couverture.
Plutôt facile à se rappeler, puisque mon anniversaire est en novembre ! Et avec l’argent que j’avais reçu, j’avais acheté une compilation Atari ST et… Tout le monde s’en fout ?! Bon, OK…
Bref, ce qui me plaisait vraiment beaucoup dans ce magazine, c’est qu’on y parlait JV, bien sûr,  mais aussi BD (avec d’ailleurs une interview de Moëbius dans le numéro). Et il y avait également les classiques soluces et un bon esprit. Dommage que parmi les 300 pages, il y avait quand même beaucoup de publicités…

Génération 4 deviendra Gen4 en janvier 1995. Le magazine aura connu de nombreux changements de maquettes et de logo? J’avoue que ça m’a un peu perdu, que ça bougeait trop pour moi… Ce qui n’enlève rien à la qualité du mag ! Mais essayez plutôt de vous en procurer pour vous faire un avis. Croyez-moi, vous ne le regretterez pas.

 

Stéphane Lavoisard

Pour les lecteurs qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Stéphane Lavoisard et j’ai grandi avec les jeux vidéo. De l’arrivée du premier Pong à la découverte de Space Invaders, j’ai vite été passionné par l’informatique et les jeux vidéo. J’ai eu la chance d’avoir certains des premiers micro-ordinateurs : TRS80, Atari 800, Atari ST, etc…

J’ai très vite appris la programmation et me suis retrouvé à proposer des listings informatiques à des magazines spécialisés. Oui, à l’époque les lecteurs copiaient pendant des heures des programmes pour obtenir un morpion sur leur ordinateur ! Ensuite, j’ai intégré les rédactions de l’Atarien puis ST Magazine où j’ai pris en charge la rubrique JV.
Au lancement de Génération 4, je dirigeais la rédaction du magazine, que j’ai ensuite développé pendant plus de 10 ans. Avec le temps, j’ai lancé quelques dizaines d’autres magazines autour des consoles et du PC.
Après avoir quitté Gen4, j’ai encore travaillé quelques années sur PC Fun et d’autres parutions high-tech.

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

Depuis cinq ans, je travaille chez Funtribe, sur des sujets aussi variés que des sites web très grand public (CpourlesParents.com, CpourlesHommes.com), des magazines (Coloriages pour Adultes, Jeux) et une collection nommée Tout Savoir qui traite des phénomènes culturels (Star Wars, Game of Thrones, Disney, Marvel, …).
Concernant les jeux vidéo, je travaille depuis quatre ans sur un projet d’émission parodique autour de l’actualité et des univers JV. Ça s’appelle Game Over Café et les premiers extraits commencent à sortir. Nous prévoyons un lancement pour l’E3 2017 et une diffusion régulière à la rentrée 2017. L’idée est de présenter l’actualité du jeu vidéo de façon plus fun, plus décalée.

Tu as été directeur de la rédaction pendant 10 ans. Comment le magazine a-t-il évolué pendant cette période ? 

Les débuts étaient fantastiques, car tout était à faire. Il n’y avait personne en France pour représenter la plupart des marques, donc on travaillait directement avec les éditeurs et les développeurs. Du coup, on faisait vraiment le magazine qu’on avait envie de lire en tant que joueurs. Si bien que même les responsables de la distribution en France découvraient souvent leurs prochains jeux dans nos pages.
Avec le temps, tout s’est organisé, formaté et le marketing a pris le dessus. A partire de là, c’est devenu moins fun. A la fin, les éditeurs envoyaient des plannings pour te dire quand faire ta news, ta preview, ton test… Forcément, c’est devenu vraiment moins intéressant puisque le monde du coup faisait la même chose !

A l’époque ou l’on pouvez lire les magazines micro, on avait tous une petite idée de la vie dans une rédaction JV. Peux-tu nous raconter comment ça se passait chez Gen4 ? Quelques anecdotes peut-être ?

On bossait beaucoup ! Surtout les premières années, car on faisait tout : la rédaction, les photos, la maquette, etc… Mais on était passionnés et l’ambiance était vraiment bonne. En fait, c’était une grande bande de potes qui faisaient ce qui les passionnait le plus, donc il y a pire ! Et puis, on avait la chance de voir des gens fantastiques, de parcourir le monde pour voir les développeurs, c’était top. Mais on n’arrêtait jamais. Pendant dix ans, on a enchaîné quasiment sans interruption.

Ton meilleur souvenir ?

Durant plusieurs années, on a organisé Les 4 d’Or, qui récompensaient les meilleurs jeux de l’année. C’était quand même deux à trois mois de préparation pour préparer une soirée accueillant jusqu’à 3000 personnes.
Il y avait donc beaucoup de stress et de boulot, mais c’était vraiment très satisfaisant de voir les patrons américains d’Electronic Arts ou Lucasfilm se déplacer pour l’occasion. C’était pour nous la reconnaissance de notre boulot. Du coup on faisait des soirées qui, je crois, restent encore parmi les plus dingues qui aient été organisées dans le secteur !

Ton pire souvenir ? 

La pression liée à la force qu’avait pris le magazine. La distribution, dans le JV, comme dans d’autres secteurs, ne prend quasiment aucun risque. Du coup, les notes de Gen4 décidaient du sort d’un jeu. Si tu mettais 3 étoiles, le jeu ne serait pas distribué par la Fnac. Avec 2 étoiles, il avait même peu de chance de franchir nos frontières.
Alors forcément, les éditeurs nous mettaient une pression monstrueuse pour les notes. Il fallait résister à toutes les tentatives les plus sournoises pour intervenir sur nos avis.
Et bien sûr, une fois le mag sorti, c’était des heures de coup de fil pour expliquer et justifier la note aux mécontents. 

Si c’était à refaire, est-ce que tu recommencerais ?

Carrément ! Avoir eu la chance de prendre les rênes d’un magazine à 18 ans, d’être libre de faire ce qui te plait quand tu sors à peine du lycée, c’est une chance incroyable… 

Quel regard portes-tu sur la presse spécialisée actuelle ?

Pour être franc, je la lis peu, donc je ne porterai pas de jugement. Ce qui me désole avec l’ensemble des médias spécialisés, que ce soit Internet ou le peu que je vois de la presse magazine, c’est le côté un peu blasé de certains… Ce n’est pas parce que l’on a la chance de pouvoir tout tester qu’il faut pour autant oublier le plaisir simple qu’apporte un jeu.

Souvent, les journalistes passent plus de temps à chercher ce qui ne leur plait pas plutôt que de profiter de ce qui leur plaît. Donc je lis des chroniques où les journalistes parlent pendant plusieurs paragraphes de petites choses qui ne fonctionnent pas bien. Ils leur donnent une importance plus grande qu’il ne faudrait, alors que globalement, le jeu est fun… Ce côté blasé a tendance à m’énerver un peu.
Mais bon, ça doit être l’époque car je retrouve également ça dans d’autres domaines, comme le cinéma.

Quel regard portes-tu sur cette nostalgie vis à vis de tout ce qui touchait les jeux vidéos dans les années 80/90 ?

Et bien c’est assez étonnant, mais ça m’échappe un peu. Je ne suis pas du tout nostalgique, même si je reste attaché à la simplicité et au fun immédiat des jeux de l’époque. En fait, je n’ai découvert que très récemment le monde du retro-gaming et le culte qu’il peut y avoir auprès de certains jeux ou certaines personnalités de l’époque. C’est amusant, mais j’avoue que je reste plus passionné par le futur que par le passé !

Merci d’avoir répondu à nos questions.

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