Eternal Champion : entre réussite et restauration

Si on devait citer le nombre de jeu de combat ayant tenté de concurrencer Street Fighter II, la liste serait longue (et douloureuse). Mais en ce mois de janvier 1994, alors que le pré-cité SFII, avec sa version 16bits,  n’avait pas honte face à sa version arcade, un inconnu (le jeu, pas l’éditeur) fit son entrer dans l’arène. Plein d’ambition, SEGA voulu réinventer le genre, faisant fi des Mortal Kombat, des Fatal Fury, des Samourai Shodown et autre mythique Art of Fighting et j’en passe, dont des moins glorieux.

EC 1

L’alternative ?

Je n’ai jamais été doué pour les jeux de combat, c’est un fait. Mais j’ai toujours adoré y jouer pour découvrir toutes les techniques proposées par chaque personnage. J’ai toujours aimé chercher les combinaisons de coups spéciaux, les fatalités, les bugs cachés… ça c’était mon dada. J’avais tellement joué à la borne d’arcade de SFII que la version Megadrive m’avait semblé, au vu des capacités de la console, être une réelle bonne surprise. Mais c’était sans commune mesure avec l’adaptation de Mortal Kombat. Quelle joie de retrouver tout ce sang à chaque coup porté, rapprochant un peu plus du réel les graphismes des jeux d’alors !
Mais après ça que restait-il ? Un Fatal Fury en demi-teinte malgré ses deux plans différents ? Un Art of Fighting, encensé par certains mais assez médiocre comparé à sa version NeoGeo / Arcade.

C’est alors que naquit en ce monde Eternal Champion (EC) !

Le champion éternel, au-delà d’être le titre du jeu, incarne également un personnage. Et quel personnage ! Homme sans visage veillant à l’équilibre du monde, celui-ci, dans sa grande mansuétude, avec ses pouvoirs et sans doute par goût du défi, avait décidé de ressusciter les plus grands guerriers de leurs époques respectives, morts injustement, afin de les faire s’affronter. Les perdants disparaitraient à nouveau dans les limbes et le vainqueur se voyait offrir le droit d’affronter le champion éternel. Le vaincre signifiait revenir à la vie et changer le cours de l’Histoire.

EC4

Fous ta cagoule ! Fous ta cagoule ! Tu verras comment c’est cool !

 

Le contenu

Le scénario était donc posé : ça allait se friter sec, sans amabilité ni douceur.
Neuf. Il y avait neuf combattants très différents les uns des autres et qui avaient le mérite de n’avoir été vu nulle part ailleurs (ou presque). Je ne vais pas tous les citer en détails, mais il y avait R.A.X. le cyborg aux allures de JCVD et qui pratiquait (comme c’est étrange !) le kickboxing. Un autre sortait tout droit de l’Atlantide, un autre encore de sa caverne. Les femmes n’étaient pas en reste non plus avec deux représentantes (sur lesquelles je reviendrai). Nous avions également droit à un sosie lourdaud de Green Lantern, un sorcier alchimiste, un Arsène Lupin des 50’s et mon favori : Mitchell Middleton Night, biochimiste de son état, transformé en vampire à la suite d’une contamination par un virus.

Chaque personnage possédait les traditionnels coups de poing/pied/projection mais aussi deux coups secrets, qu’il s’agisse d’arme à distance, de bouclier, d’insulte ou encore boost de vitesse, ces coups avaient pour avantage d’être bien différents pour chaque personnage offrant ainsi une palette conséquente de possibilités d’annihiler son(ses) adversaire(s) (si, si, je vais y revenir) dans la plus grande joie et avec le plus grand des plaisirs sadiques assumés.

Les modes de jeux ne faisaient pas défaut et, pour l’époque, je fus agréablement surpris : un joueur, deux joueurs, tournoi à 32 joueurs !!! Et même une salle d’entrainement, dans laquelle vos talents étaient mis à rude, rude, mais RUDE épreuve (j’y reviendrai aussi).

EC2

Des décors variés !

La technique

Alors qu’attendre d’EC ? Une pâle copie ? Une tentative malheureuse de proposer autre chose ?
NON, je réponds NON ! Car EC bénéficie de tout le savoir-faire de SEGA et Dieu (pas Setzer, mais moi !) seul sait qu’à l’époque ils en avaient les p’tit gars au hérisson !
Doté d’un style graphique inimitable – et toujours inimité à ce jour – le jeu avait l’outrecuidance de vous exploser les mirettes avec une palette de couleur hors-normes pour la pauvre Megadrive vieillissante. En fait les graphistes avaient simplement joué sur l’alternance de pixels de couleur pour obtenir des teintes toutes plus variées les unes que les autres, donnant au soft une patte unique, un côté chaleur étouffante et sablonneux, oppressant dans la plupart des décors.

Et les décors, parlons-en : en plus d’être extrêmement détaillés, ils se targuaient – à l’instar d’un MK – d’accueillir chacun une fatalité ! Et là aussi, quelle fatalité ! Allant de la simple électrocution au mitraillage, en passant du broyage en ventilo géant et l’incinération au bûcher , nous avions là un vrai régal pour les amateurs de fin de combat sanglante, mais qui ne s’obtenait pas sans mal !

Les effets sonores et la musique accompagnaient parfaitement le jeu, tant dans les menus qu’en combat, propres à chaque ambiance/personnage. L’une d’elle, écoutable dans le menu – présenté par le champion éternel himself – fut même lâchement réutilisée dans un clip de rap français (trois ou quatre ans plus tard, dans mes souvenirs). Vous allez me demander le nom du groupe et je vous réponds de suite : après maintes recherches je n’ai pas réussi à remettre la main dessus… Mais je ne lâche pas l’affaire (ceci était le coup de gueule du Freddy, le combat de toute une vie).

Le must : un ralenti paramétrable était même disponible ! Une première sur Megadrive pour ce type de jeu, que je tenais à signaler. Trois vitesses possibles, arrêt sur image, avance ou recul, la décomposition des mouvements et attaques spéciales, les zones de contacts, tout était visible… même si parfois ce n’était pas en bien.

EC3

Un bon bûcher pour finir l’adversaire, y a que ça de vrai !

 

J’y reviens & Points négatifs

Et oui il fallait bien que tout ne tourne pas rond… ou ne caresse pas carré… ou ne triangule pas triangle dans ce petit monde (comme quoi, les expressions faut parfois s’abstenir de les utiliser ou d’en inventer…).
L’animation, loin d’être mauvaise, pêche malgré tout, lorgnant de l’excellent au plus mauvais goût qui soit. Attention, je ne parle pas ici de vitesse ni de fluidité, mais bel et bien de l’animation des personnages.
Un exemple avec les personnages féminins : d’un côté, une artiste de cirque d’une souplesse à tout épreuve, pratiquant la boxe française, dont la fluidité n’a d’égale que mon talent à vous dominer tous (donc très très très fluide et rapide). De l’autre côté, une tueuse à gages dont la tenue avait de quoi affoler les hormones du jeune homme chevelu que j’étais, mais c’était bien là le seul souvenir positif qu’elle m’a laissé… Avec ses drôles de postures, sa cambrure à outrance et son animation au rabais… tout la rendait caduque à mes yeux.

Je reviens aussi sur les possibilités d’annihilation de l’ennemi et les fatalités. J’en ai vanté les mérites, mais sachez qu’il y a un revers à la médaille. Réussir une fatalité relève quasiment de l’ordre du génie ! Les zones d’activation sont souvent très précises et, lors de la découverte du jeu, il n’est précisé nulle part que des fatalités existent !
Avec de l’entrainement, la majorité s’exécute assez facilement en mode deux joueurs, mais en combat réel c’est autre chose. De plus, sachez que si le jeu est jouable avec une manette trois boutons, la manette six boutons était fortement recommandée pour ceux qui pratiquent à haute dose les jeux de combats, chacun des six boutons se voyant attaché à un coup spécifique. Rien de rédhibitoire mais c’est un point à ne pas négliger.

N’oublions pas de revenir également sur la salle d’entrainement. Un mode de jeu complet au possible, avec la capacité d’intégrer jusqu’à dix-huit options afin de tester ses réflexes, allant de la scie circulaire au sol ou au plafond, au trajet aléatoire, à la bombe guidée électrique, la charge sismique, le mur de flamme, les mines intelligentes et autres joyeusetés… mieux vaut y aller bien armé si vous souhaitez activer toutes les options !

Au final, je pousserai un coup de gueule sur la difficulté hors-normes que représente le Champion Eternel.
[ATTENTION : SPOIL] Le vaincre ne sera pas une mince affaire… vous n’avez qu’une barre de santé et lui… et bien lui… il prend l’apparence de chacun des combattants vaincus. Et il vous faudra les battre à nouveau pour le voir s’identifier à vous et seulement après, le voir sous son vrai visage (enfin si on peut dire, vu qu’il n’en a pas). Je ne sais pas vous, mais perso je trouve que c’est se foutre de la gueule du monde de rallonger la durée de vie artificiellement de la sorte.

La restauration

Oui bon, on va se détendre un peu avec un bon plat. Quoi vous ne voyez pas le rapport ? Le voici : tout bon jeu qui se respecte, et qui a une certaine ambition, se doit d’avoir une couverture médiatique digne de ce nom. Et EC en est l’un des plus beaux exemples. Je vous donne un (GROS) indice : MEGAFORCE n°24 de janvier 1994
Sinon vous pouvez toujours admirer le contenu du double encart format A4, créé pour l’occasion et qui vous explique le jeu sous un angle culinaire :

DSC07251

Moi, tout ça, ça me donne faim ! Et vous ?

 

DSC07252

J’ai toujours aimé le poisson.

 

DSC07253

Pour le dessert, j’hésite…

 

Conclusion et épilogue : y a-t-il eu des suites ?

Que l’on s’entende bien, EC fut, est et restera un très bon jeu de combat. Que ce soit pour les débutants, les professionnels, ou encore les blasés de SF2, MK ou autres Killer Instinct que je n’avais pas encore cité. EC, plus qu’une alternative, est un jeu à part entière qui mérite une franchise qu’il n’a jamais eu et je plaiderai en sa faveur devant le tribunal s’il le faut !
Sachez cependant qu’une pseudo-suite a vu le jour sur Méga-CD , connue sous les deux noms d’Eternal Champion 2 ou Eternal Champion : Challenge from the Dark Side, incluant neuf nouveaux personnages (dont le Dark Champion) et cinq animaux (…pas la plus fabuleuse idée du jeu à mon avis).
En fouillant un peu vous trouverez Chicago Syndicate, un beat’em up en 2D – sorti uniquement sur Game Gear en 1995 – reprenant le personnage du cambrioleur des 50’s. Moyen sans être mauvais, c’est surtout un jeu très dispensable.
Enfin, il y a X-perts, sorti en 1996, un titre qui met en scène mon amie bien vêtue mais mal habillée : Shadow Yamamoto, pour ne pas la citer. Ne cherchez pas plus loin, c’est une daube injouable sur laquelle je ne m’étendrai pas. C’est une mauvaise blague, un sous Final Fight, un sous Streets of Rage, un dessous de tout.

Vous trouverez un article du développeur du jeu (en anglais) à l’adresse suivante :

Interview de Tony-Van

Parlant du jeu il dit : « X-Perts fut probablement la plus dure et la plus petite partie des choses que j’ai jamais faite dans ma vie professionnelle. C’est comme si quelqu’un vous demandait de faire de la Coke à partir d’un citron... » (traduction approximative de moi, mais l’idée est là). Après ça, que rajouter…

Eternal Champion tomba dans les abysses des mémoires, remontant de temps à autres sur les marchés virtuels (2007-Wii) pour finalement disparaitre… à tout jamais ? Allez savoir… Ce jeu de combat restera, pour moi, un rafraichissement que ses quelques défauts mineurs n’auront pas su entacher. Un must have à n’en point douter, en ce qui me concerne.

La prochaine fois, je vous parlerai d’un jeu qui a monopolisé presque 10ans de ma vie, voir plus… mais comme vous vous en doutez : j’y reviendrai.


4 commentaires

  1. Nicolas février 19, 2015 8:27   Répondre

    Faut que je me le fasse celui là!

  2. Freddy février 19, 2015 8:41   Répondre

    J’ai oublié de le noter mais scrolling parallax dans chaque niveau aussi. Et oui je conseille vivement Eternal Champion à tout ceux (et toutes celles) qui aime ce type de jeu de baston de cette époque. les vidéos ne manquent pas sur internet et l’émulation non plus…

  3. majingouki novembre 20, 2017 12:16   Répondre

    Eternal champion est un jeu sympathique mais pas jouable du tout, car il est lent ,les commandes et coups spéciaux sont improbables et durs,ca devait rester en version bat test..j’ai entendu d’un second opus ET the challenge from dark side sur sega32X,mais j’ai jamais joué

  4. Freddy décembre 13, 2017 6:12   Répondre

    Je ne suis pas vraiment d’accord pour la lenteur. De base oui, mais la vitesse est réglables dans les menus pour devenir vraiment énergique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *