E.T. l’extra-terrestre, comment ont-ils fait cela ?

Cette semaine, nous allons parler d’un jeu mythique, mais hélas! pas pour les bonnes raisons. Ce jeu est un monument de What the Fuck, sorti sur la célèbre Atari 2600, et s’appelle E.T. l’extra-terrestre.

ET phone home

ET phone home

Un peu d’histoire ?

En octobre 1977, Atari est déjà une société très connue, grâce à ses bornes d’arcade. Alors, forcément,  quand l’Atari Video Computer System est lancé, c’est tout de suite un énorme succès, qui durera jusqu’en 1991 ! On estime qu’il s’en est vendu entre 25 et 40 millions d’unités.

La VCS avait sa façade en bois très 70's

La VCS avait sa façade en bois très 70’s

En juin 1982 sort sur les écrans américains l’un des nombreux chefs-d’œuvre de Steven Spielberg : E.T l’extra-terrestre. Envisagé par les studios comme un petit film, celui-ci fera un carton gigantesque, et restera premier au box-office pendant 11 ans (il sera battu par Jurassic Park, autre chef d’œuvre de Spielberg).

Du côté du jeu vidéo, les prémisses du krach de 1983 commencent à se manifester. Le marché est saturé de centaines de jeux très similaires. Dès qu’un jeu cartonnait, des dizaines de clones apparaissaient rapidement, et le public commençait à se lasser et à se tourner vers les ordinateurs personnels.

Les germes d’un échec

Face au succès du film, les dirigeants d’Atari prennent contact avec Universal Pictures pour obtenir les droits d’adaptation du film. Les négociations sont longues, et l’accord tombe finalement fin juillet 1982. Pour plus de 20 millions de dollars, Atari obtient l’exclusivité des jeux vidéo et bornes d’arcade adaptés du film.

Première cause de l’échec : la somme astronomique déboursée pour obtenir les droits. Elle équivaut plus de 40 millions de dollars actuels, et si on se base sur le coût moyen des cartouches à l’époque (35 $), il faut en vendre vraiment beaucoup pour rentrer dans ses frais.

Seconde cause de l’échec : les délais. Pour que le jeu puisse être sur les rayons à Noël 1982, il faut qu’il soit terminé début Septembre… 3 mois sont en effet nécessaires pour construire les cartouches, les emballages et les manuels, et pour les distribuer.

Le projet n’a démarré qu’au moment de la signature du contrat,  soit le 23 juillet. Il reste donc 5 semaines pour trouver un concept de jeu, faire les graphismes et le code, et tester le résultat. A l’époque, le développement d’un titre prend entre 5 et 7 mois. Moins de 40 jours, c’est très très court.

Le jeu lui-même

Bon, le jeu consiste à diriger E.T. à travers différents écrans pour retrouver les 3 pièces de l’émetteur qui lui permettra d’appeler ses complanitotes (c’est comme compatriote, mais pour une planète :)).

ET doit échapper à un scientifique et à un agent du FBI. Voilà, voilà… L’action est inintéressante, on passe sa vie à tomber dans des puits dont on peut sortir en faisant léviter ET. Et ça dure trèèèèèèèssss longtemps.

Des p'tits trous, des p'tits trous...

Des p’tits trous, des p’tits trous…

On ne sait jamais quoi faire, on s’ennuie ferme, et surtout on ne voit pas le lien entre le film et le jeu. Ok, c’est pas mal pour 5 semaines de travail, mais quand on joue, on cherche à s’amuser, pas à féliciter une équipe qui a réussi un exploit, non ?

Une succession d’erreurs

J’adore ET (le film), qui m’avait transporté quand j’étais un enfant, et qui continue à me faire rêver maintenant que je suis adulte. Mais bâtir un jeu un peu original sur un scénario pareil, sur une machine aussi faiblement puissante et dans un délai aussi court, c’était aller au mur.

Tout avait pas mal commencé, pourtant. Steven Spielberg avait adoré la version console des Aventuriers de l’Arche Perdue, et il a demandé explicitement à Atari que ET soit développé par le même programmeur, Howard Scott Warshaw.

Steven Spielsberg et Howard Scott Warshaw

Steven Spielsberg et Howard Scott Warshaw

Pour tenir les délais, celui-ci fait installer un kit de développement à domicile. Celui-ci est composé d’une machine VAX, une belle machine de la taille d’un gros réfrigérateur. Il fallait un ordinateur puissant car celui-ci devait faire tourner un émulateur de la console. C’était fastidieux et pas sexy, mais à l’époque cela n’avait rien d’exceptionnel.

Le VAX

Le VAX

Un graphiste est associé au projet, ainsi qu’un manager chargé de vérifier qu’Howard mange et dort correctement. Il devait absolument tenir, physiquement et moralement. Et le plus fort c’est qu’il a réussi !

Car la programmation sur Atari était difficile. Le processeur tourne à 1,19 Mhz, la définition est très bizarre (40 colonnes pour 192 lignes en 2 couleurs par ligne). Les cartouches faisaient entre 2 et 4 kilo-octets, ce qui est très peu.

De plus, dès le départ la console était conçue pour faire des jeux de type « PONG » évolués. Par conséquent, les composants graphiques étaient conçus pour des jeux de duel où les joueurs se lançaient des balles ou des missiles.

Le programmeur devait gérer tout seul l’affichage, ce qui était coton. Comme il n’était pas possible de dessiner directement à une position donnée, le développeur devait savoir à quelle position le canon à électron était en train de travailler… Ce n’était pas extrêmement précis.

Le plus amusant, c’est que les limitations de la console ont poussé les programmeurs à innover pour arriver à leur fin, ce qui paradoxalement a permis de mettre en place de nouveaux gameplays.

La sortie du jeu ?

ET est toujours considéré comme un échec majeur, en grande partie responsable du crash du jeu vidéo de 1983. Mais quand on regarde les ventes, on constate que 1,5 millions de cartouches ont trouvé preneur. Pas mal, mais loin des 4 millions de cartouches produites par Atari.

Disons que la sortie a succédé à une année très faste pour le secteur du jeu vidéo, secteur qui s’est effondré brutalement (et logiquement). Atari perdra 536 millions de dollars sur l’année 1983 !

Une rumeur prétendait qu’incapable de vendre ses cartouches (même à 1$), Atari décida de les enterrer dans une décharge du Nouveau-Mexique. Le plus amusant, c’est qu’en 2014 la rumeur prend fin suite à des fouilles : tout était vrai, et 728 000 cartouches furent retrouvées sur le site de la décharge de la ville d’Alamogordo.

Triste fin, non ?

Triste fin, non ?

D’autres titres WTF sortirent sur cette machine (Charlotte aux fraises, Custer’s revenge ou X-Man), mais aucun ne marquera autant les esprits que ET… Triste, non ?


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