De la musique sur Amiga, comment font-ils cela ?

Bonjour à tous,

Ce mois-ci nous allons célébrer à notre manière le 30ème anniversaire de l’Amiga en parlant du format de fichier Module.

Un amiga 500 avec un Tracker

Un amiga 500 avec un Tracker

Sorti à l’été 1985, l’Amiga était une machine révolutionnaire qui explosait tous les standards de l’époque : grâce à ses 3 processeurs spécialisés (Agnus, Denise et Paula), cette machine offrait des graphismes spectaculaires et des capacités sonores fantastiques. Alors que le son des machines de l’époque sortait en mono, l’Amiga gérait la stéréo, sur 4 voix simultanées. On était loin des « bip bip » rachitiques et des mélodies très synthétiques des machines 8 bits et des consoles.

Les joueurs des années 80 et 90 se souviennent avec émotion des mélodies superbes qui accompagnaient les meilleurs jeux: Shadow Of The Beast, Turrican, Apidya

Certains jeux ont introduit aussi de la synthèse vocale (Gods), voire une chanson complète, comme Cannon Fodder !

 

Tous ces chef d’œuvres utilisaient un format spécifique: le format MOD. Les fichiers MOD sont composés de deux parties :

  • Les échantillons sonores, appelés « Instruments« 
  • Une liste de patrons. Un patron indique comment ces échantillons doivent être joués (hauteur du son, volume, effet à appliquer). L’idée est qu’en jouant sur la hauteur du son, on peut jouer des notes différentes, sans avoir besoin de numériser un son pour chaque note.

Ce format est très lié aux caractéristiques technique de l’Amiga :

  • Les échantillons sont numérisés dans un format 8bits qui peut être envoyé directement au chipset de la machine sans consommer de temps CPU.
  • Les patrons ne sont pas compressés, par conséquent là aussi les musiques peuvent être jouées sans ralentir la machine.
  • Enfin, l’intervalle de temps entre chaque note est de 0,02 seconde… Ce chiffre peut sembler étrange, mais il correspond à la fréquence de 50Hz, c’est-à-dire l’intervalle entre 2 synchronisations verticales des moniteurs.

L’histoire de ce format de fichier est assez originale. Au début de l’Amiga, la programmation de musique était complexe. On pouvait composer sa musique et la numériser, mais si le résultat était superbe, le volume de données était trop gros pour les disquettes et la mémoire vive (respectivement 880Ko et 512Ko).
L’autre solution consistait à programmer directement en assembleur la musique en pilotant le co-processeur. Autant dire que le travail était très fastidieux.

En 1987, l’Amiga était encore jeune, et disposait de peu d’outils de création graphique ou musicale. Karsten Obarski, développeur allemand de la société EAS, décida de créer un outil simple d’emploi permettant de réaliser simplement des musiques: Ultimate SoundTracker.
Au sein de l’éditeur, on pouvait stocker 15 échantillons. Ensuite on utilisait l’éditeur qui se présentait sous la forme d’un tableau de 4 colonnes (une colonne par canal sonore) et de 64 lignes au maximum. Chaque cellule du tableau correspond à un événement lorsque la ligne est atteinte (jouer un instrument, changer le volumne ou l’effet attributé à la note qui est jouée, sauter vers une autre position, etc.)

L'écran principal d'Ultimate Soundtracker

L’écran principal d’Ultimate Soundtracker

Réalisant que cet outil était de qualité professionnelle, EAS décida de publier Ultimate Soundtracker… et ce fut un échec retentissant. L’approche proposée par le produit était trop originale et éloignée des méthodes de travail des musiciens.
Là, EAS a fait preuve d’une démarche peu courante pour l’époque: il abandonna la vente de son produit (logique, la production de boites et manuels coutait cher, et ne rapportait rien), mais publia le code source de son outil, ainsi que le disque contenant des samples.
A partir de là, les équipes de démomakers ont commencé à sortir des versions améliorées, des clones, des variantes de cet outil, corrigeant ses défauts (une stabilité capricieuse qui faisait qu’on avait souvent des plantages) et en repoussant ses limitations (en 1989, NoiseTracker passa la limite de 15 à 31 instruments).
Le format MOD explose à partir de 1989 avec les premières démos à l’utiliser. Si les premiers morceaux sont très synthétiques (les musiciens utilisaient les échantillons par défaut d’Ultimate Soundtracker), petit à petit les musiciens ont abordé des styles différents (écoutez les rythmes funk de la démo Arte du groupe Sanity)

Le format MOD s’impose progressivement sur les autres machines. Quoique plus limité, l’Atari ST a lui aussi droit à ses titres sur 4 voies. Les plus marquantes démos sur PC (Unreal et Second Reality de Future Crew) utilisent aussi ce format.

Allez, pour le plaisir, voici 3 heures de musiques Amiga :

Merci de votre temps et à bientôt pour un nouvel article !


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