Les ninja : cacher n’est pas jouer

Les origines

« Ninja » désigne un certain type d’espion du Japon féodal.
Le premier des deux kanji qui forme le mot se prononce « shinobi » et signifie « cacher, voler« . C’est également le terme généralement employé pour désigner ces hommes de l’ombre.
Un ninja est celui qui a suivi la voie du ninjutsu, une discipline basée sur la survie. Ses principales fonctions sont l’espionnage, le sabotage, l’infiltration et l’assassinat. Contrairement à la très haute caste des samurai, les ninja peuvent utiliser toutes les techniques déshonorables à leur disposition.

Pour d’obscures raisons, un grand nombre de personnes n’arrivent pas à distinguer les ninja des samurai. Alors pour faire simple, retenez que les samurai sont l’équivalent des chevaliers. Ils sont sur le champ de bataille, le sabre à la main, guidé par l’honneur et la voie du guerrier. Le ninja, lui, est masqué, invisible et agit dans l’ombre, en toute discrétion. Bref : aucun rapport entre les deux !

 

 

Ninjeux vidéo

Un des plus anciens représentants shinobi du JV, c’est Sega Ninja, sorti en arcade en 1985. Un an plus tard, il est porté sur Master System sous le nom The Ninja. Il s’agit d’un jeu de tir à scrolling vertical plutôt sympathique. Par contre, le héros ressemble plus à un samurai qu’à un ninja…
En 1987 sort, toujours sur borne d’arcade, la première aventure de Joe Musashi. Et bien que personne ne se souvienne de ce nom, tous les joueurs connaissent sa saga : Shinobi. La même année, un titre connaît un immense succès sur Commodore 64 : The Last Ninja, original de par sa vue en 3D isométrique.

Probablement inspiré par le succès de Sega, Tecmo édite Shadow Warriors, en 1988, plus connu sous le nom de Ninja Gaiden. Et comme pour Joe Musashi, les aventures de Ryu Hayabusa ont continué jusque dans les années 2000 !
A partir de là, les ninja deviennent des habitués de nos machines, que ce soit en arcade ou à la maison. Sortent donc Blue Shadow (NES – 1990), Ninja Commando (NeoGeo, 1992), ou encore Ninja Spirit.
Bien sûr, quelques jeux farfelus sortiront du lot, comme Alex Kidd in Shinobi World et Ninja Golf (Atari 7600, 1990)

Et puisqu’on parle d’idées bizarres, deux immenses succès se feront avec des ninja… assez particuliers.
En 1989, Konami sort Teenage Mutant Ninja Turtles sur NES. Oui, l’horrible jeu qui a traumatisé des milliers de joueurs ! D’ailleurs, comme pour se faire pardonner de cet acte abominable, ce même éditeur propose, deux ans plus tard, une pure tuerie : Turtles in Time.
Si vous ne connaissez pas cette perle de la Super Nintendo, je me demande ce que vous faites ici…
Quoi qu’il en soit, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais tous les jeux précedemment cités ont un point commun : on n’y trouve AUCUN ninja !

Technodrome : let’s kick shell !

 

L’exception qui confirme le pire

Mais oui, vous avez bien lu : jusqu’à maintenant, aucun ninja en vue !
Si vous avez bien lu le premier paragraphe, vous aurez compris que l’art ninja est avant tout basé sur la discrétion et le secret. Sauf que là, dans tous les jeux cités, on a des gars qui attaquant de front, en plein jour, en faisant pleuvoir les shuriken et gicler le sang.

Heureusement, en 1998, un jeu va enfin vous proposer d’incarner un vrai ninja ! Il s’agit de Tenchu, sur Playstation. Pour la première fois, le gameplay est basé sur la discrétion, la patience, l’infiltration. Hélas, ça n’aura pas duré longtemps car le grand n’importe quoi reprend rapidement ses droits…
Dans les années 2000, c’est l’apothéose et on se retrouve avec des des apprentis shinobi orange fluo (Naruto, 2003) et des kunoichi (femme-ninja) à gros seins (Ayane de Ninja Gaiden).

Ayane, qui concentre des centaines d’années d’art ninja dans ses gros… parchemins.

Je vois des ninjas partout

Il est amusant de remarquer que les ninja sont conformes à l’idée qu’on s’en fait quand ils ne sont pas au centraux. Par exemple, de nombreux jeux de baston proposent un ninja (ou assimilé) dans leur roster. Par exemple, Mortal Kombat est littéralement truffé de ninja ! Entre Subzero, Scorpion, Kitana, Mileena, Smoke ou Reptile, on en compte facilement une vingtaine dans toute la saga !
Mais vous avez aussi Hokutomaru (Garou), Galford et Hanzo Hattori (Samurai Shodown) ou encore Taki (Soul Calibur). Et là, ils se téléportent dans le dos, décochent des coups bas et sont de vrais ninja !

C’est comme dans les RPG, et plus précisément les J-RPG. Dans l’immense majorité d’entre eux (pour ne pas dire tous), il y a un ninja (ou assimilé) dans votre équipe ou un village ninja à découvrir. Et même si les mots « ninja » ou « shinobi » ne sont pas prononcés, les références sautent aux yeux. Les personnages sont masqués ou, au moins, très discrets, avec un nom à consonance japonaise. Dans le cas d’un village, il est souvent caché dans la montagne ou la forêt, habité par un seul clan ou une seule famille. Et ils ont beau être très discrets et retirés du monde, ils passent leur temps à s’entrainer pour maitriser des armes et des techniques mystiques…

Petit clin d’oeil pour les connaisseurs : Shadow, le ninja plus-que-parfait de Final Fantasy VI, ainsi que le hameau de Rokkaku dans Suikoden II 😉

Papa ninja et papa pas ninja

En conclusion, vous l’aurez compris, le ninja ne se comporte plus comme tel dès lors qu’il est un élément central. Par contre, dès qu’il devient secondaire, voire PNJ, le voilà qui retrouve ses repères. Après tout, c’est bien dans sa nature de ne dévoiler ses pouvoirs qu’une fois dans l’ombre…
Moi, tout ce que j’attends, c’est un jeu qui proposerait un véritable gameplay basé sur les arts du ninjutsu, comme Tenchu avait su le faire en son temps.
L’ironie, dans tout ça, c’est de voir tous ces autres titres qui proposent d’utiliser des techniques ninja avec des persos qui n’en sont pas. Tous ces jeux d’infiltration où l’on peut se téléporter, se camoufler, passer par les toits et les conduits… Tout ça pour éliminer une cible, de préférence en toute discrétion.

Comment ça, c’est pas un ninja ? Vous êtes sûrs ?

 

 

 

 

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